« Votre premier contact avec le ballon ? J’avais 3 ans. Je venais de déménager, mon nouveau voisin avait un ballon et j’ai tapé la balle avec lui dans le jardin.

Première licence ? Je suis originaire de Clermont-Ferrand, j’ai pris ma première licence de foot à onze à l’US Gerzat à 6 ans.

Votre relation au foot ? Pour moi, le foot, c’est Olive et Tom : la frappe dans la lucarne, la contre-attaque qui dure une heure. Le ballon est mon meilleur ami.

Votre parcours ? J’ai joué deux ans à Gerzat avant d’intégrer le centre de formation de Clermont Foot jusqu’aux 18 ans nationaux. J’ai ensuite signé à Cournon d’Auvergne en CFA2 puis en Espagne, en National-CFA (UD Estepona). Mais en 2008, le pays a été touché par la crise économique. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le futsal en Espagne, où il y avait à cette époque plus de licenciés futsal que football.

Le foot à 11, c’était beaucoup de duels, de physique, j’avais un peu perdu le plaisir. On m’a proposé d’intégrer un club de futsal et je me suis lancé

La bascule vers le futsal ? Ma famille est originaire d’Espagne. Parmi mes copains, tout le monde joue au futsal. En été, il y avait beaucoup de tournois. J’ai commencé à jouer et prendre du plaisir. Le foot à 11, c’était beaucoup de duels, de physique, j’avais un peu perdu le plaisir. On m’a proposé d’intégrer un club et je me suis lancé. À côté, je travaillais à mi-temps. Je ne voulais pas faire de carrière, c’était uniquement pour le plaisir mais finalement grâce au futsal, j’ai voyagé un peu partout dans le monde.

Le futsal plus technique ? Je ne suis pas le plus technique du monde mais je touchais pas mal la balle, je participais beaucoup au jeu. Au futsal, on est toujours en mouvement, on touche nettement plus le ballon, on se déplace énormément et même si ce sont des efforts indirects, cela profite toujours au collectif.

Votre premier poste ? Milieu défensif. Il fallait se taper et je ne suis pas trop physique (sourires) !

Un souvenir de foot à 11 ? J’en ai un de Coupe Gambardella, lors d’une séance de tirs au but à l’occasion d’un derby à Clermont. Je réussis ma tentative et qualifie mon équipe ! Sinon la Coupe du Roi en Espagne, c’est mon dernier souvenir dans le foot pro.

J’ai joué en Angleterre, en Azerbaïdjan, en République tchèque, en Italie… J’ai fait un joli tour du monde !

Le retour en France ? J’ai joué en Angleterre (Bakou United), en Azerbaïdjan, en République tchèque (Sparta Prague), en Italie (Bisceglie, Lazio)… J’ai fait un joli tour du monde ! Je suis revenu en France une première fois en 2015 au Kremlin-Bicêtre avant de repartir, pour rentrer définitivement en 2017, à ACCS Asnières (photo ci-dessous). Et depuis l’année dernière, j’évolue à Mouvaux Lille Métropole.

Votre première convocation en Équipe de France Futsal ? Je ne sais pas si je dois le dire… Lors de ma première sélection, je joue avec mon passeport espagnol car je n’avais pas de passeport français. L’UEFA l’autorise. Quand j’évoluais en Espagne, je ne savais pas qu’il y avait une Équipe de France Futsal. Lorsque j’ai signé en Angleterre, mon coach espagnol m’avait conseillé de faire les démarches pour obtenir mon passeport français. Comme je suis né en France, j’y ai même obtenu mon bac, je les ai entamées, ça m’a pris un an. J’ai été convoqué par Pierre Jacky pour une pré-sélection. Trois semaines après, il m’a appelé pour jouer aux États-Unis mon premier match en 2014 ! Je n’y croyais pas. La première fois que je suis entré sur le terrain, que j’ai entendu l’hymne, j’avais envie de pleurer. Pourtant j’avais connu beaucoup de choses et d’émotions avant, j’avais disputé la Ligue des champions mais là, c’était autre chose. Jamais je n’aurais pensé jouer pour un pays !

L’évolution de la pratique ? Ce n’est plus le même sport, la même considération. La Fédération nous place dans les meilleures conditions. J’échange beaucoup avec des amis qui évoluent dans d’autres sélections et on est vraiment favorisés, accompagnés. On a obtenu des résultats, on s’est investi après avoir beaucoup galéré. On a énormément travaillé, on a été patients, persévérants.

Ma plus belle émotion ? La qualification pour l’Euro 2018 en Croatie (5-4, le 26 septembre 2017). On fait un match extraordinaire !

Votre plus belle émotion avec la sélection ? La qualification pour l’Euro 2018 en Croatie (5-4, le 26 septembre 2017). On fait un match extraordinaire ! Au Championnat d’Europe, on aurait pu se qualifier, on a affronté l’Espagne (4-4, le 31 janvier 2018) lors de notre premier match et on a fait honneur à la discipline. Tout le monde a pu voir que ce groupe se battait, qu’on était des passionnés et soudés. On a senti l’engouement de tous les Français derrière nous. Je n’oublierai jamais ce premier Euro. À jamais les premiers ! Oui, j’aime bien l’Olympique de Marseille (rires) !

Et en club ? Mon premier titre de champion d’Angleterre (en 2013 avec Bakou United). Cette saison-là, je termine aussi meilleur joueur du Championnat. C’est mon tout premier titre, je n’étais pas habitué à ça ! Le doublé Coupe-Championnat remporté lors de mon premier retour en France avec le Kremlin-Bicêtre (en 2015-2016) occupe aussi une place particulière, notamment avec la ferveur des ultras à nos côtés. »

« Le contexte sanitaire et les tests PCR ? C’est une tuyauterie qu’on a là-haut (il éclate de rire) ! Plus sérieusement, les tests, on s’y plie, c’est nécessaire dans le contexte actuel et on respecte les consignes sanitaires. Mais c’est vrai que lorsqu’on est placé en quarantaine, parfois ça perturbe notre rythme, nous stoppe dans notre préparation physique… Et si on ajoute à ça les pépins liés à l’enchaînement des matches, c’est une année compliquée. On ne va pas se plaindre car on est des privilégiés. Nous, on peut jouer alors que le futsal amateur est à l’arrêt et, plus généralement, tout le football amateur.

Un joueur qui vous impressionnait ? Andrès Iniesta. C’est son poste, son club – j’aime beaucoup le Barça –, sa classe, son humilité, sa force de travail… Sinon, la première Coupe du monde que je suis à la télé à 6 ans, c’est celle de 1994 au Brésil. J’étais fan de Romario. Ronaldo, à l’époque, était remplaçant mais j’avais déjà son maillot. Au Futsal, j’ai eu la chance d’affronter Ricardinho et Falcao. Falcao, au-dessus, c’est le soleil !

Celui que vous n’avez pas aimé affronter ? Le Russe Robinho. Il est vraiment très rapide, vif. Il y en a un autre mais en Équipe de France… C’est Nelson (Lutin). Il est doué, il m’énerve, j’ai envie de le taper dès qu’il a la balle. C’est mon coéquipier mais aux entraînements, je voudrais lui rentrer dedans. Il a de la chance, il joue toujours dans mon équipe (il se marre) !

Votre geste technique préféré ? Le tacle ou la reprise de volée. Je marque pas mal de buts en reprise.

J’aimerais faire tous les gestes que Nelson (Lutin) ou Landry (N’Gala) arrivent à réaliser : des gestes de freestylers. J’essaie mais je me fais mal aux chevilles !

Celui que vous rêvez de faire ? Tous les gestes que Nelson ou Landry (N’Gala) arrivent à réaliser, des gestes de freestylers. J’essaie mais je me fais mal aux chevilles !

Le coéquipier en bleu que vous voyez le plus en dehors ? À Mouvaux, je suis un peu seul même si Joévin (Durot) nous a rejoint en début d’année. Avant quand j’évoluais à l’ACCS, je voyais souvent Abdessamad (Mohammed), Sid (Belhaj), on était tout le temps ensemble.

La musique qui passe dans le vestiaire ? Le DJ, c’est Landry (N’Gala). Il met un peu de tout, même du Céline Dion. Il a une vaste playlist. Celui qui chante, c’est Souheil (Mouhoudine).

 

En dehors du futsal, quels sont vos passe-temps ? Je suis associé au sein d’une société, Footboks, qui propose des produits de récupération et d’hydratation pour les sportifs de haut niveau que vous recevez, via une box, tous les mois. On est trois à la gérer avec Yoane Wissa, qui évolue à Lorient, et Samy, un ami. Sinon, je lis, je regarde des reportages et, surtout, je profite du temps avec ma femme.

Votre endroit préféré ? Là où j’ai acheté ma maison en Espagne, à vingt minutes de Marbella. C’est un village d’où ma famille est originaire. Je m’y rends tous les étés, j’éteins le téléphone et je profite de mes proches. Tous les deux ans, je vais aussi en Algérie car ma femme est algérienne.

Si vous n’aviez pas été joueur de futsal ? Je pense que j’aurais continué dans l’hôtellerie. Je m’y sentais bien, j’aimais le contact avec les gens et je parle plusieurs langues. C’est un domaine qui m’aurait plu.

Si je peux donner un conseil aux jeunes, c’est d’étudier, se former, travailler à côté parce que la discipline ne permet pas à tous de vivre.

Votre statut ? J’ai la chance de pouvoir vivre du futsal, j’ai un contrat professionnel de joueur de football puisque le futsal n’est pas reconnu sur ce plan-là. J’ai pu m’acheter une maison grâce au futsal, voyager puisque tous les ans, je partais jouer à Dubaï, au Koweït ou en Arabie Saoudite. C’était une chance car en Équipe de France, je dois être le seul qui a connu ça. Le Futsal m’a beaucoup apporté, ça a changé ma vie. Si je peux donner un conseil aux jeunes, c’est d’étudier, se former, travailler à côté parce que la discipline ne permet pas à tous de vivre. Peut-être que dans le futur, il y aura plus de moyens mais pour l’instant, le message que je souhaite faire passer, c’est le projet à côté.

Un sportif ou une sportive que vous aimeriez rencontrer ? J’aurais aimé rencontrer Kobe Bryant. C’était un acharné de travail. Sinon Rafael Nadal. Je m’identifie à eux par la rigueur, la persévérance, le travail.

Quelles sont vos plus grandes qualités ? Je suis quelqu’un de solidaire et j’ai confiance en moi.

Et vos défauts ? Je suis fou (il rit). Je suis très carré, procédurier… Et trop exigeant. Avec les autres et envers moi-même. Ce n’est pas bon dans un sport collectif, il faut savoir se mettre à la place des autres. »